Comme je vous l’avais déjà dit, j’ai passé récemment quelques jours à Londres où j’ai assisté à plusieurs réunions qui ont eu lieu dans l’Imperial College London. Nous étions une bonne soixantaine de personnes dans mon groupe et nous nous rencontrions dans un auditoire qui normalement sert pour des cours de physique de particules.
Vous connaissez tous le genre de salle. Un grand auditoire en forme de coquillage tourné ver le haut avec un grand nombre de sièges tous identiques tournés vers le centre où un prof présente ses cours. Les installations sont modernes, avec des systèmes de ventilation et de chauffage pour le confort, mais aussi avec tout ce que l’on peut attendre aujourd’hui en terme de systèmes audiovisuels.
Malgré tout cela, ces salles de cours représentent ce qu’il y a de plus archaïque en termes de théories de l’apprentissage. Il s’agit là de l’expression architecturale d’une conception des cours qui fait du prof le seul vrai protagoniste, entouré de quelques dizaines ou même centaines d’étudiant passifs dont la présence en ce lieu n’a en fait pas vraiment d’importance.
Les profs les plus cons insisteront sur la nécessité de faire un relevé à chaque fois des élèves présents afin de punir les autres. Je n’ai jamais compris quel genre de délire égocentrique permettait à ces gens de croire que leur seule présence dans le même bâtiment où se trouvent leurs élèves suffisait pour faire couler les connaissances des uns aux autres.
Dans les années 60 de nouvelles théories de l’apprentissage commencèrent à prendre forme. L’apprentissage par problèmes (APP) représente un pas majeur dans ce sens. On est parti du constat que l’enseignement traditionnel est souvent trop théorique, trop éloigné de la réalité, ne stimule pas ni ne permet de développer un esprit critique.
On cherche par cette méthode de faire des élèves des acteurs de leur propre apprentissage. Le prof devient ici un facilitateur, une sorte de coach plutôt qu’un prêtre illuminé. Les connaissances sont acquises dans un contexte, avec un compréhension plus complète, et avec une meilleure compréhension des applications pratiques.
L’université de Maastricht, où je passe normalement mes jours à été fondé en 1976, en suivant de très près les recommandations de l’APP. L’avantage d’appliquer ce genre de méthode innovante dans une institution nouvelle est que l’on est pas obligé d’affronter les résistances au changement propre à toute institution (on n’a qu’a penser aux difficultés liées aux reformes de l’éducation en France).
Cet esprit d’innovation et de plein fonctionnement de l’APP (d’un nouvel dogme, aussi) se voit reflété dans l’architecture même des lieux. Les salles ne sont pas de grands auditoires comme on en voit à ICL, mais de petites salles avec des tables rondes, ou en tout cas mises en ronds. Des bâtiments et des chambres pensées pour accueillir de petits groupes de travail.
Pensez maintenant au Web2.0, aux nouvelles possibilités de travail et coopération qu’il rend possible. De plus en plus d’outils sont mis à disposition des internautes, leur permettant de travailler et de partager en réseaux. Il s’agit là d’une nouvelle architecture des espaces de travail, l’équivalent sur les écrans d’ordinateurs des changements dans l’architecture des facs.
Quelles nouvelles pédagogies vont naître avec ces nouveaux outils ? Quelle sera l’architecture des structures (en béton ou dans la topographie de réseaux) qui accueillera ces nouvelles façons d’apprendre ?
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